Haiti-Republique Dominicaine : Migration et Medias

Port-au-Prince, 30 Mai - 3 Juin

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Synthèse des ateliers

Observations et pistes pour un espace médiatique favorable aux migrantes et migrants haïtiens et dominicains

Introduction

97 personnes, dont 57 participantes et participants haïtiens et dominicains inscrits, ont suivi le séminaire "Haïti-République Dominicaine: Migration et Médias". Les discussions qui se sont déroulées du 31 Mai au 2 Juin 2001 a Port-au-Prince ont bénéficié de l'apport de professionnels-les et bénévoles de médias, travailleuses et travailleurs sociaux, militantes et militants des droits humains, syndicalistes, provenant de 6 départements d'Haïti et de la République Dominicaine, représentée par 9 personnes.

Les ateliers, au nombre de 6, dont 2 par thèmes, se sont tenus autour de la situation des médias en Haïti et en République Dominicaine, des potentialités et limites des expériences alternatives dans le traitement médiatique de la problématique migratoire dans les deux pays et sur la manière de développer et dynamiser un espace médiatique conscient des valeurs culturelles des migrantes et migrants et respectant leur dignité humaine.

Les réflexions se sont déroulées avec en toile de fond la question migratoire dominée par la présence d'une masse d'Haïtiennes et d'Haïtiens, exploités, maltraités, discriminés en République Dominicaine et une faible communauté dominicaine, invisible et méconnue en Haïti.

I- Contexte médiatique haitiano-dominicain : les tendances

Les professionnels-les et bénévoles de médias, travailleuses et travailleurs sociaux, militantes et militants des droits humains ainsi que des syndicalistes qui ont pris part au séminaire "Haïti-République Dominicaine: Migration et Médias", ont constaté que :

1. En Haïti comme en République Dominicaine, les médias sont majoritairement contrôlés par la classe des nantis et les tenants du pouvoir politique.

2. En République Dominicaine, où le secteur médiatique est beaucoup plus développé et diversifié, la presse écrite et les médias électroniques s'étendent sur tout le territoire et une seule langue sert de véhicule de communication: l'Espagnol. Cependant, la tendance a la concentration des moyens de communication de masses est très marquée, avec une concurrence acharnée entre les grands groupes. Cette situation favorise la manipulation de l'information, surtout en ce qui concerne les migrantes et migrants haïtiens, dont l'apport a l'économie dominicaine n'est pas reconnu.

3. En Haïti, la presse écrite est très peu développée, a cause, en partie, du fort pourcentage de population analphabète. En plus, les médias écrits privilégient le Français, maîtrisé par une faible minorité, au détriment du Créole, parlé par tous les Haïtiens. Dans cette situation, la radio se profile comme le media le plus important. Cependant, la forte croissance du nombre des stations de radio, surtout a Port-au-prince, ne coïncide pas a un véritable accès a la communication de la majorité de la population, tandis que le problème de la couverture nationale des médias reste entier.

4. Haïti connaît un développement important de radios communautaires, appartenant dans beaucoup de cas aux secteurs de base. Tel n'est pas le cas en République Dominicaine ou la situation générale et la loi ne favorisent pas la propriété de stations de radio aux groupements de base.

5. Les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) sont utilisées dans les deux pays. En Haïti, les médias sont a un stade d'initiation aux NTIC, tandis qu'en République Dominicaine l'emploi des NTIC par les médias est plus poussé et systématisé.

6. Dans les deux pays les journalistes font face a des menaces: contraintes politiques, insécurité - particulièrement dans le cas haïtien- et contraintes imposées sur une base économique. Dans beaucoup de cas, l'autocensure est de règle.

7. La tendance a la propagande dans les médias d'état est la même dans les deux pays. L'accès des journalistes aux sources d'information gouvernementales est difficile et limité. La situation se complique en Haïti avec une ambiance de forte polarisation politique.

8. Le flux d'information entre la République Dominicaine et Haïti est restreint, a cause, entre autre, des problèmes de langue. Cela est dû aussi au fait que les médias des deux cotés de la frontière n'ont pas prévu d'établir des postes de correspondants permanents dans les deux capitales.

9. Les deux pays ont des cadres régulateurs différents quant a l'utilisation des langues étrangères, théoriquement interdites dans les médias dominicains, mais acceptée en Haïti.

II- Potentialités et limites des médias alternatifs dominicains et haïtiens dans le traitement de la problématique migratoire

Considérant que le media alternatif:
- Garantit l'accès de la population a la communication,
- Se situe dans le cadre d'un projet alternatif et populaire reflétant le progrès social et les idéaux démocratiques,
- Se met au service de la population,
- Informe et oriente en utilisant le langage populaire;

Considérant que toute approche médiatique alternative de la question migratoire suppose une mise en contexte de la situation des migrantes et migrants, l'évocation des causes et conséquences de leurs problèmes ainsi que la prise en compte des propositions venant des secteurs concernés;

Les professionnels-les et bénévoles de médias, travailleuses et travailleurs sociaux, militantes et militants des droits humains ainsi que des syndicalistes qui ont pris part au séminaire "Haïti-République Dominicaine: Migration et Médias", ont relevé les points suivants:

1. Les médias alternatifs sont plus proches des populations qu'ils desservent, ce qui leur permet une meilleure connaissance des problèmes locaux. Bénéficiant du travail de nombreux bénévoles et étant liés a des réseaux d'organisations susceptibles d'influencer et d'appuyer leur travail, les médias alternatifs représentent un espace d'éducation et de sensibilisation inestimable sur la vie des migrantes et migrants. Ils facilitent le développement de la pratique de réflexion commune et la mobilisation populaire.

2. En République Dominicaine, quelques stations de radios et bon nombre de publications constituent des espaces alternatifs en terme d'approche de la question migratoire. Le réseau des radios catholiques (UDECA), dont deux stations se situent non loin de la zone frontalière, est très attentif a cette problématique et y consacre plusieurs programmes. Des revues telles que "Convite", "Estudios Sociales", "La Muralla" et plusieurs publications des secteurs religieux, y compris des bulletins électroniques, montrent un intérêt particulier pour la question migratoire.

3. En Haïti, des médias comme le mensuel créole Bon Nouvèl, plus fort tirage de la presse écrite, et les radios communautaires accordent une place de choix au thème de la migration. Le Groupe d'Appui aux Réfugiés et Rapatriés (GARR) poursuit une ligne d'information et de contact permanent avec les médias sur la question migratoire. Ces initiatives ont énormément compté dans la promotion, durant ces deux dernières années, d'un espace de solidarité entre Haïti et la République Dominicaine.

4. En République Dominicaine, les médias alternatifs éprouvent de sérieuses limites, même si, dans certains cas, ils bénéficient d'importants appuis institutionnels et de certaines facilités. Par ailleurs, ils souffrent aussi de l'absence d'une ligne d'approche consensuelle de la question migratoire et n'arrivent pas a produire l'effet escompté dans le cadre de la lutte contre la discrimination qui frappe la communauté haïtienne en République Dominicaine.

5. En Haïti, le nombre d'heures d'émissions fournies par les radios communautaires est réduit a cause de problèmes financiers difficiles a surmonter. D'autre part, la quasi absence d'infrastructures de télécommunications rend très ardu l'accès des médias communautaires aux sources d'information internationales, dont celles ayant trait a la République Dominicaine.

III- Pour un espace médiatique favorable aux migrantes et migrants haïtiens et dominicains des deux cotés de la frontière

Dans le souci de contribuer a une meilleure image des migrantes et migrants haïtiens et dominicains des deux côtés de la frontière, favoriser la compréhension, renforcer l'amitié et la solidarité entre les deux peuples, les professionnels-les et bénévoles de médias, travailleuses et travailleurs sociaux, militantes et militants des droits humains ainsi que des syndicalistes qui ont pris part au séminaire "Haïti-République Dominicaine: Migration et Médias", affirment que:

1. Les médias haïtiens et dominicains ont un rôle capital a jouer afin de faciliter les échanges culturels entre les deux peuples, sur une base diversifiée, prenant en compte de multiples pratiques culturelles ancestrales.

2. Les médias haïtiens et dominicains représentent un outil idéal pour la promotion sur l'île entière de la connaissance du Créole et l'Espagnol, langues utilisées respectivement en Haïti et en République Dominicaine. Des accords culturels entre les deux États devraient créer un cadre approprié, promouvoir l'apprentissage de ces langues et des visites d'échange, notamment dans les milieux journalistiques.

3. Les médias haïtiens et dominicains devraient contribuer a mettre en lumière les enjeux économiques du 21ème siècle, qui produisent des effets spécifiques non négligeables sur la migration dans le contexte haitiano-dominicain.

4. Les médias haïtiens et dominicains devraient s'engager en faveur d'une information diversifiée, touchant des thèmes d'intérêt commun aux deux peuples

5. Les articles et productions audiovisuelles devraient aborder non seulement le phénomène migratoire en tant que mouvement de population, mais aussi se pencher sur les migrantes et migrants en tant que sujet a part entière, avec leurs histoires personnelles, leurs témoignages et leur vécu quotidien.

6. La présence de correspondants de presse haïtiens et dominicains ainsi que des structures conjointes d'information le long de la zone frontalière serait a encourager dans la perspective d'une meilleure information du public. Pour être efficaces, les correspondants en question devraient bénéficier d'une attention et d'un encadrement appropriés.

7. Les médias alternatifs haïtiens et dominicains devraient consentir des efforts en vue d'établir un espace permanent de concertation et d'échanges et promouvoir l'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication afin d'augmenter le flux d'information entre les deux pays.

8. Les radios communautaires haïtiennes, surtout celles qui se situent près de la zone frontalière, devraient pouvoir développer une approche alternative du traitement de l'information sur la migration en évitant les clichés et en gardant en tête la nécessité d'une amélioration des relations entre les peuples dominicains et haïtiens et en mettant l'accent sur les initiatives de solidarité.

Les professionnels et bénévoles de médias, travailleuses et travailleurs sociaux, militantes et militants des droits humains ainsi que des syndicalistes qui ont pris part au séminaire "Haïti-République Dominicaine: Migration et Médias", conviennent que les points ci-dessus mentionnés devront s'inscrire dans le cadre d'un agenda de lutte, articulée par des réseaux spécialisés et des groupes de pression. Un mécanisme de suivi devra permettre d'évaluer le développement, l'évolution et la mise en œuvre des propositions formulées.

Port-au-Prince, le 10 Juin 2001


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