
Société de
communication sociale
Port-au-Prince le 4 décembre 2001
La mise à mort des médias
Lettre ouverte de Sans Souci FM Cap-Haïtien
A
Monsieur Hérold Jean François
Président de lAssociation Nationale des
Médias haïtiens (ANMH)
Monsieur le Président,
Permettez-moi de vous présentez au nom de mes
confrères de la province mes plus vives
félicitations pour votre élection à la tête de
lAssociation Nationale des Médias Haïtiens
(ANMH). Je ne peux que saluer aussi en leur nom
linitiative prise par les confrères de la
capitale de mettre sur pied une association dont
lobjectif est de défendre les intérêts des
diffuseurs sur le plan national.
Je comprends aisément les limitations dordre
structurel et financier qui vous empêchent
détendre vos contacts et arriver ainsi à
ouvrir lANMH aux diffuseurs de la province.
Toutefois, en dépit de ces manquements, je veux
croire que la bonne volonté est là et que vous
serez à la hauteur des grands défis qui traversent
cette conjoncture.
Je me propose aujourdhui de signaler à votre
attention certaines situations que vivent, mais que
ne peuvent ou ont peur de dénoncer certains
diffuseurs de la province et de la capitale.
Vous savez comme moi que les temps sont difficiles et
que les médias narrivent pas à bien
fonctionner et faire face à leurs obligations
financières. Les médias ne sont pas en mesure de
renouveler leurs équipements et améliorer les
conditions de travail et les salaires des techniciens
et journalistes.
La baisse de plus de 50% des revenus publicitaires
ajouté à la décote accélérée de la gourde et
laugmentation des taux dintérets ont
contraints la totalité des radios , parmi elles les
plus cotées, à opérer des licenciements ou des
coupes sur les salaires allant jusqu'à 40 % ou / et
à éliminer certains programmes.
La crise énergétique chronique a contraint
certaines radios de la capitale et des provinces à
faire passer leurs heures de diffusion de 24 à 18
heures par jour.
Vous savez comme moi que les factures de
lElectricité dHaiti ont triplé en
dépit du fait que lénergie n'est fournie
quotidiennement quentre 6 à 12 heures à
Port-au-Prince et entre 2 à 5 heures tous les 3 à 5
jours dans une ville comme le Cap-Haïtien.
Vous vivez tous les jours les retombées négatives
de la décote de la gourde sur les commandes de
pièces de rechange à létranger et sur les
remboursements de prets en dollars US .
Vous connaissez comme moi les retombées
catastrophiques de laugmentation des taux
dintérêts sur les prêts bancaires pour les
jeunes entreprises et sur celles qui sont obligées
de faire face au renouvellement régulier
déquipements électroniques endommagés par
les coupures intempestives du courant électrique.
Vous savez autant que moi quun groupe
électrogène fonctionnant plus de 16 heures par jour
na quune durée de vie de 2 ans. Vous
savez aussi comme moi enfin quil vous en faut
au moins deux groupes électrogènes, deux onduleurs
(inverter) et une armada dau moins 48 batteries
renouvelables tous les 2 ans pour rester en ondes.
Jai dressé ce tableau quoique incomplet
Monsieur le Président, pour vous sensibiliser sur
lurgente nécessité dagir sur les points
suivants :
1. - Le refus de certaines agences de publicité
dhonorer dans un délai raisonable leurs
engagements vis à vis des médias
2. - Le role du Ministère de la communication
auprès de ce secteur
3. - Les pressions psychologiques exercées par
certaines instances publiques demandant aux médias
de diffuser gratuitement
4. - Les menaces et attaques contre les journalistes
et les médias
Il est constaté depuis des années que certaines
agences de publicité - dont la plus réputée dans
cette pratique de surcroît contrôlée par un
étranger - reçoivent largent des
commanditaires sans toutefois honorer leurs
engagements vis à vis des médias
A titre dexemple, je cite le cas de Sans Souci
FM, considérée comme lune des quatre
meilleures radios du Cap-Haïtien, incapable
dhonorer ses engagements financiers et qui par
contre voit dans son compte à recevoir des
arriérés de 54,124.60 gourdes datant du 25 juillet
2000 et libellées au nom de cette agence qui glane
en dépit de tout les plus importants contrats sur le
marché.
Les grandes compagnies et institutions comme par
exmeple, la Comme Il faut, Codina, PSI-Haiti, Maggui,
Nestle règlent à notre connaissance leurs factures
de manière régulière et des fois anticipent les
paiements.
Les radios de la province déjà traitées avec
discrimination au niveau des tarifs fixés de
manière délibérée et budgets publicitaires
restreints ne peuvent pas encore faire les frais
dune telle pratique, ni attendre que les
miettes leur soient retournées tous les trimestres
après un bon placement dans la bourse New Yorkaise
ou dans les banques américaines.
Les tarifs publicitaires déjà assez bas ont été
gelés en raison de la grave crise économique qui
frappe tous les secteurs. Les rentrées publicitaires
sont quasi nulles par le fait que les entreprises de
presse soient dépendantes de la bonne santé de
léconomie.
Je vous demanderais aussi Monsieur le Président de
solliciter du Ministère de la Communication
quil clarifie pour notre gouverne son vrai
rôle dans la structure gouvernementale.
Au lieu de se restreindre dans un rôle de
porte-parole du gouvernement et de la présidence
pensons nous, le Ministre Guy Paul est interpellé
aujourdhui pour nous informer sur le rôle et
le programme de son ministère qui na posé
jusquici aucun acte concert en ce qui concerne
la définition dune politique nationale en
matière de communication et daccompagnement
des médias et des Associations de communicateurs.
On fait tous les jours le constat un ministère
amorphe et un ministre loquace et dun zèle
exemplaire dans la défense des intérêts de son
gouvernement ou encore de son propre pouvoir.
Jai souri en lisant la dernière note du
Conatel concernant la diffusion des émissions sur
lalphabétisation. Citoyens de ce pays, j ai
fait comme vous et dautres directeurs de
médias le choix dy rester et
duvrer à son progrès, personne à ce
titre ne saurait etre bien placé pour nous faire une
lecon de civisme quand ils se la coulent douce aux
frais de la République avec les taxes que nous
payons.
Les médias jouent et ont toujours joué leur rôle
de service public en informant, formant et
divertissant les populations souvent confrontées à
lisolement, à loubli et au mépris des
autorités.
Diffuser des émissions sur lalphabétisation
demande la conception dun plan médiatique axé
sur des choix méthodologiques et une pédagogie
définie par linstance concernée par la mise
en place et lexécution du programme en
question. Diffuser des programmes sur
lalphabétisation « se pa yon plon gaye « .
La production des émissions éducatives a un coût
et nécessite lapport de compétentes
ressources humaines.
Je conçois que les médias aient aussi une
participation à donner dans une telle entreprise
citoyenne mais je me demande perplexe quest ce
que cet « Etat » qui demande tout gratuitement nous
offre en retour pour garantir notre fonctionnement
depuis des années.
Pas dénergie, routes daccès aux sites
démetteurs défoncées, inaccessibles,
inflation des prix du carburant et des pièces de
rechange, absence de ligne de crédit, taxation
exagérée de la Direction Générale des Impôts sur
des radios non rentables ou en faillite permanente,
pas dexonération sur les pièces de rechanges
régulièrement affectées durant la saison des
orages (juillet-septembre), insécurité pour les
journalistes, économie déprimante.
Finalement, je demande à lANMH de se concerter
afin de prendre des mesures exemplaires pour freiner
les représailles enregistrées depuis quelques mois
sur les travailleurs de la presse et les menaces qui
pèsent sur les médias.
Nous ne pouvons que déplorer à chaque fois les
agressions et assassinats qui sont devenus trop
courants. Trois cas dassassinats de
journalistes en moins de deux ans.
Les groupes agissant en toute impunité contre les
journalistes et les médias ne devraient en aucune
façon bénéficier sans réserve des services et de
lhospitalité de lensemble des médias
sur létendue du territoire National.
La presse haïtienne doit penser à monter sa propre
liste de « prédateurs de la liberté de la presse
» afin que ses micros, antennes et colonnes ne leur
soient ouvertes .
Je m attend Monsieur le Président à toutes
sortes de représailles après la diffusion de cette
lettre ouverte. Advienne que pourra, je les
assumerais. Sil nous faudra cesser
démettre ou de parler un jour nous le ferons
mais nous aurons la satisfaction davoir dit
tout haut aujourdhui ce que dautres
pensent tout bas.
Je terminerai en présentant mes sympathies aux
proches et collaborateurs du confrère Brignol
Lindor, assassiné sur le terrain du devoir le lundi
5 novembre à proximité de Petit Goave.
Recevez Monsieur le Président, lexpression de
mes meilleures salutations.
Ives Marie Chanel
Directeur Général
Sans Souci FM
Cap-Haïtien
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