Le site web
connecté à la propriété intellectuelle
Par willems
EDOUARD
Specialement pour
le Groupe Medialternatif
Aujourdhui, la toile semble
séduire toutes les composantes de la société. La
possession dune vitrine virtuelle de plus en
plus simpose à tous. Pouvoirs publics, secteur
privé, tous les secteurs disposent ou souhaitent
être présents sur le net. Cette volonté
davoir une place dans le cyberespace suppose
deux opérations : la création dun site
web, sa mise en ligne. De telles initiatives ne
peuvent être prises dans lignorance des
règles de droit. De lensemble droit de
communication, droit de la presse, droit à
limage, etc. Le présent texte se limitera à
la propriété intellectuelle.
Pourquoi la propriété
intellectuelle ?
Dabord, la création dun
site web entraîne une mise en forme des menus, liens
hypertextes et icônes dutilisations dont
lagencement donne à celui-ci une physionomie
singulière qui laisse apparaître un effort de
création reflétant la personnalité de son
concepteur. Cette singularité en fait une création
originale que doctrine et jurisprudence qualifient
duvre de lesprit. A ce titre, le
site relève demblée de la propriété
intellectuelle. Ensuite, le site souvent comporte des
uvres plastiques, musicales et
littéraires ; des logiciels et des bases de
données que la propriété littéraire et artistique
protège. Enfin, son adresse que lon appelle
nom de domaine peut prêter à litiges si elle
reprend un titre protégé par le droit
dauteur, une marque notoire, etc. Même
situation, si le site est la copie dun autre
préexistant. Dans tous ces cas, on est dans le champ
de la propriété intellectuelle.
Statut juridique dun site
Le site se joue des classements comme
Internet des frontières. Echappant aux catégories
traditionnelles, il est tantôt une création
multimédia, tantôt une uvre de collaboration,
tantôt une uvre composite, tantôt une
uvre collective, tantôt une base de données,
etc. La doctrine et la jurisprudence narrivent
pas à décider certes, mais ce qui est sûr, comme
les autres créations de lesprit, cest
une uvre numérique qui jouit de la protection
de la propriété intellectuelle.
Auteur dun site
Ni le prestataire de services-
sil sagit dune entreprise- ni
lindividu ou linstitution qui a placé la
commande. Les droits appartiennent au réel
créateur. Il peut être un webmaster indépendant ou
salarié dun web agency ou un employé du
commanditaire. Car comme il est depuis longtemps
admis en droit latin, lexistence dun
contrat de travail ou de louage douvrage
naliène en rien les droits dun auteur
sur un ouvrage de sa création. Ainsi, la personne
physique ou morale pour le compte de laquelle un site
est réalisé ne peut aucunement négliger les
démarches juridiques relatives à la propriété
intellectuelle.
Titulaires des droits sur un site
Dans le cas dun site composé
duvres non libres de droit, il faut
compter Lauteur concepteur, les auteurs des
uvres intégrées dans ses diverses pages, les
ayants droit des auteurs, les artistes interprètes,
les éditeurs, les producteurs selon que le site
utilise des créations visuelles, sonores,
littéraires ou audiovisuelles.
Acquisition des droits sur un site
La possession dun site ne
signifie pas que son propriétaire est autorisé à
lexploiter. Car sa mise en ligne mobilise au
moins les droits de transformation, de divulgation,
de reproduction, de représentation, de distribution,
dadaptation. Ce sont des prérogatives
exclusives de lauteur. Doù
lobligation pour le propriétaire dun
site de régler en amont les questions de propriété
intellectuelle. Plusieurs raisons militent en ce
sens. Le site est une uvre protégée. Le site
comporte dautres créations protégées.
Divers cas peuvent se présenter. Le
créateur-concepteur confectionne le site dans le
cadre de son travail. Sauf en ce qui concerne les
logiciels, la propriété intellectuelle
nautorise aucune cession automatique de droits
au profit de lemployeur. Donc, si celui-ci veut
agir dans le respect de la loi, il doit se faire
céder les droits car en propriété littéraire et
artistique la cession globale duvres
futures est interdite. Ainsi, toute clause y relative
insérée dans un contrat de travail est frappée de
nullité. Rien ninterdit de confier la
création dun site à une entreprise
spécialisée. Dans ce cas, le contrat qui lie les
deux parties est un contrat de commande ou de louage
douvrage. Rien avoir avec un contrat de cession
de droits. En pareille situation, le commanditaire
doit sassurer que son web agency
nenfreigne pas la législation sur la
propriété intellectuelle en ce qui concerne les
droits dauteur de ses propres salariés ou des
tiers. Prudence oblige, le commanditaire doit
légalement acquérir ces droits en signant
parallèlement un contrat de cession. Là encore,
aucun laxisme nest permis pour éviter que le
commandité ne donne plus de droits quil
nen a. Lutilisation des uvres
intégrées dans le site peut être légale, mais le
site, par contre, est la reproduction dun autre
plus ancien. Le propriétaire a intérêt à se
montrer vigilant car nul nest censé ignoré la
loi.
Ces différents cas évoqués
montrent clairement quun commanditaire
négligent peut se retrouver involontairement
contrefacteur en mettant en ligne un site qui viole
les droits sur les uvres protégées. Voilà
pourquoi il est de lintérêt de tous ceux qui
ont un site ou souhaitent en posséder de recourir à
un contrat de cession spécifiant lobjet
cest-à-dire le site, létendue des
droits, les modes dexploitation, le territoire
dexploitation, la durée de la cession et bien
évidemment le prix. Toutes ces mentions doivent
être expresses car tout ce qui nest pas
clairement cédés reste dans le patrimoine de
lauteur.
Toutes ces précautions prises, le
commanditaire nest pas au bout de sa peine.
Certaines limitations à la propriété littéraire
et artistique nont pas court dans le
cyberespace. Ainsi, la copie privée destinée à
lusage personnel de lutilisateur ne fait
plus recette. Un individu propriétaire dun
site ne peut plus prétendre bénéficier de cette
exception du fait que, dune part, le droit ne
reconnaît pas le domicile virtuel, dautre
part, tous les site sur la toile sont sujet à une
utilisation collective et publique. Quant à
lexception relative à la représentation en
cercle de famille, un propriétaire de site ne pourra
plus lévoquer. Un site par essence est
fréquenté par des internautes du monde entier.
Labsence de lien de parenté anéantit toute
chance de les assimilés au cercle de famille. Ils
constituent donc un public au sens où il nest
pas nécessaire quils soient réunis en un
même lieu.
Même après avoir réglé tous les
problèmes liés au droit dauteur et aux droits
voisins, le propriétaire dun site peut être
rattrapé par un autre droit de la propriété
intellectuelle, il sagit du droit des marques.
Possible appartenance du nom de
domaine à la propriété intellectuelle
Tout site a besoin dune
adresse. Cest ce quon appelle nom de
domaine. Sorte de signe distinctif, il permet aux
internautes didentifier le site et dy
trouver les produits et services proposés. Cette
fonction didentification lassimile à une
enseigne. Mais ce sésame peut être source de
difficultés. Ainsi, comme pour les autres signes
distinctifs à savoir la marque, la dénomination
sociale, etc. Rien nempêche au nom de domaine
de bénéficier dun statut similaire. Du coup,
il deviendra une propriété incorporelle qui, en
vertu du principe premier arrivé, premier servi,
confère à son titulaire un monopole légal. Bien
exclusif, il peut être vendu ce que font
dailleurs, les cybersquatters. Ce qui facilite
la reconnaissance possible dun droit privatif
protégé par la propriété intellectuelle.
Nom de domaine et propriété
industrielle
Lexploitation dun nom de
domaine sans une prise en compte de certains titres
de propriété industrielle constitue une source de
litiges considérable. En effet, un nom de domaine
qui imite une dénomination sociale préexistante
fait de son attributaire un usurpateur. Sil est
la réplique dune marque déposée, il
constitue une contrefaçon. Le délit y relatif peut
aussi porter sur un nom patronymique ou un titre
protégé par le droit dauteur. Ces cas de
figure entraîne le retrait du nom de domaine.
Certains se font attribuer des noms
de domaine qui sont des marques protégées. Leur but
nest pas de les utiliser mais de déposséder
les tiers propriétaire pour les renégocier avec eux
plus tard. Dautres utilisent un nommage
susceptible dentretenir la confusion chez les
internautes. Ils versent tous dans le parasitisme et
la concurrence déloyale. Attitudes répréhensibles.
Et les exemples sont légions sur le net.
Tel que démontré,
lexploitation dun site, en dehors des
démarches techniques et administratives relève pour
une bonne part, entre autres, de la propriété
intellectuelle. Et, quand on sait le caractère
fondamentalement international de lInternet, il
nest pas recommandé de négliger les aspects
juridiques qui y sont liés. En faire fi peut
conduire à une déroute financière et à des
sanctions civiles et pénales. Et, compte tenu des
enjeux, créateurs et exploitants de site ont
intérêt à être du côté de la loi.
Willems Edouard
Novembre 2002