
Société
de communication sociale
La
construction de réseaux alternatifs
Par Gotson Pierre,
Groupe Médialternatif,
Intervention au séminaire :
Linformation au service du progrès social
Sainte-Anne, Martinique, décembre
2003
Extraits
Comment mettre en uvre des réseaux alternatifs
? Les réponses à cette question ou des
élaborations sur ce thème peuvent être multiples,
se référant le plus souvent à des expériences
conduites durant un certain temps avec des résultats
déterminés.
Aujourdhui, a partir dune expérience en
communication qui a abouti, il y a 2 ans, à la mise
en place dun système dinformation qui se
veut alternatif (AlterPresse), nous allons essayer de
cerner quelques aspects essentiels du processus de
construction de réseaux alternatifs en insistant sur
des démarches et références stratégiques.
Lexemple dAlterPresse www.alterpresse.org
est intéressant à plusieurs points de vue, en
particulier du fait que cest un effort issu
dun pays démuni ou, au prime à bord, il
paraît impossible de conduire des actions sur le
terrain des nouvelles technologies. Peu
dinfrastructures de télécommunication et
faible accès individuel aux NTIC à cause de la
faiblesse du pouvoir dachat, caractérisent
lespace haïtien.
Nous sommes tombés pourtant sur le réseau comme sur
une manne, grâce à la possibilité offerte par
Internet de mettre en place un média à portée
globale et à faible coût. Internet est
aujourdhui au centre de nos activités, avec un
début de mobilisation dacteurs clés dans le
pays et la mise à profit de la diffusion en ligne
pour toucher une audience importante à
lintérieur comme à lextérieur du pays,
susceptible dinfluencer la réalité
haïtienne.
Internet espace de lutte
Internet, réseau des réseaux, est devenu petit à
petit un espace stratégique ou se disputent des
intérêts énormes. Reflet de la société, le
village cybernétique représente une mosaïque
dacteurs qui cherchent à assurer, renforcer ou
étendre leur espace.
Même si les premières expériences dInternet,
dans les années 60, impliquaient des centres
universitaires et servaient à léchange
dinformations scientifiques ou académiques, il
est évident que dès la vulgarisation
dInternet à partir des années 1990 des forces
économiques ont cherché à monopoliser le réseau.
Il convient de préciser que la puissance
incontournable dInternet se base sur ses
principales caractéristiques : un rayonnement
global, la fusion de tous les supports de
communication et linteractivité.
Les potentialités de lInternet le placent au
centre de la mouvance globalisante et de ce
quon nomme aujourdhui la société de
linformation.
Les grands acteurs de léconomie mondiale
cherchent ainsi de plus en plus a faire mains basses
sur Internet en vue détendre chaque jour un
peu plus le marché. Le gratuit, qui a caractérisé
ce réseau global tend à se rétrécir au profit des
services payants. Les entreprises trouvent donc de
nouvelles formes de sorganiser et de produire,
dans le cadre de lexpansion du système
néo-libéral.
LInternet et les Nouvelles Technologies de la
Communication et de lInformation ont aussi
permis lapparition dun secteur
économique spécifique, tenant compte de la place
sans précédent quoccupent de plus en plus
linformation, les médias, la communication en
générale dans les transactions économiques (plus
de 50% des activités économiques mondiales).
De même, on observe une recherche
dappropriation de lInternet par les
secteurs sociaux. Organisations et citoyens utilisent
ce nouvel outil pour entrer en relation, articuler
des stratégies et conduire des actions communes.
Aucune cause nest laissée de coté, quil
sagisse de la protection de
lenvironnement, la défense des droits humains,
liés aux diverses couches sociales et divers
secteurs de la société.
Quon le veuille ou non, cest dans ce
contexte que sinscrit aujourdhui toute
action dinformation et de communication, qui
exige la maîtrise de nouveaux outils et la mise en
place de stratégie de développement de réseaux.
Réseaux humains, réseaux virtuels
Nous sommes désormais à lère du virtuel,
mais le virtuel nexiste pas sans leffort
humain. Ainsi, tout réseau virtuel efficace suppose
lexistence de réseau humain.
On a tendance à penser que lInternet est
simplement un réseau de réseaux dordinateurs
interconnectés. Cest vrai, mais derrière les
machines il y a les hommes et les femmes. Ce sont les
cerveaux humains qui mettent en place les cerveaux
électroniques et qui les gèrent. Ce sont les
humains qui introduisent les contenus que se
partagent les machines que nous consultons. En
dautres termes, on doit bien se mettre en tête
quau début et à la fin du processus de
communication électronique il y a bien les êtres
humains.
Ceci est une donnée essentielle à prendre en compte
dans tout projet de communication alternative, à
plus forte raison de projet de communication basé
sur les NTIC. Il faut absolument cultiver
lesprit de réseau.
La logique de réseau a toujours guidé notre action
en communication, bien avant notre initiation aux
NTIC. En 1989, lorsque nous lancions une expérience
de magazine audio, comme lieu déchanges au
sein des secteurs démocratiques et populaires en
Haïti, nous avions dabord établi un réseau
dacteurs sociaux, qui pouvaient recevoir des
cassettes enregistrées, les écouter, les faire
écouter dans des communes des 8 départements du
pays et rétro alimenter le magazine en y acheminant
informations, commentaires et analyses des secteurs
concernés.
Ce magazine bi-mensuel sur k7 audio de 30 minutes,
qui a vécu 6 ans, sétait transformé, durant
la période du coup détat militaire de
septembre 1991, en un des principaux moyens
dinformation en Haïti. Malgré la répression
sauvage qui sévissait durant cette époque, la
cassette a continué a circuler et a être rétro
alimentée, sa circulation et sa rétro alimentation
reposant sur laction de chaque acteur
impliqué.
Plus tard, ce sont la plupart de ces acteurs,
regroupés en plate-forme régionale, qui étaient le
pilier du lancement dun réseau de radios
communautaires.
Nous parlons de réseau de radios communautaires, en
fait, les radios nétaient pas
électroniquement connectées, si non quil
existait entre elles un flux de contacts et
déchanges. Nous avons alors fait valoir
lidée que ces contacts et échanges constants,
par des réunions pour déterminer la stratégie de
diffusion, partager des axes de programmation et
léchange de programmes, constituaient les
bases mêmes dun éventuel réseau connecté.
Lhabitude de la création de contenu, de la
proposition, de la réception et de la gestion de
contenu proposé, fait partie, en effet, de la
construction dune culture de réseau.
Cest cette culture de réseau qui détermine la
participation efficace des acteurs dans le
fonctionnement des réseaux, notamment en ce qui
concerne les réseaux électroniques aux moyens des
NTIC.
Il est absolument important de retenir que la
structure décentralisée de lInternet permet
des interactions sociales au delà des frontières et
en temps réel, ouvrant la possibilité de dynamiser
des initiatives les plus variées, proposant divers
types de contenus.
En ce qui nous concerne, il sagissait, pour
nous journalistes, de mettre en place un réseau
alternatif haïtien dinformation (AlterPresse),
sinscrivant dans la dynamique du Droit à
l'Information et à la Communication. Ceci
sous-entend la mise à disponibilité de
l'information sur les processus politiques,
économiques, sociaux et culturels impliquant les
acteurs des mouvements sociaux, des mouvements
d'entreprenariat collectif, des organismes de
promotion et de défense des droits humains, des
organismes d'appui au développement, des
institutions de recherches et d'éducation non
formelle, de l'université, etc.
Parmi les thématiques privilégiées, celles qui
touchent aux intérêts démocratiques et populaires
: équité de genre, leadership féminin,
participation locale, économie solidaire,
technologie appropriée, agriculture durable,
sécurité alimentaire, protection de
l'environnement, santé génésique, médecine
traditionnelle, jeunesse responsable, droits de
l'enfant, mouvements humains, communication
alternative et populaire, etc.
Dans le fond, en plus dun simple média, nous
sommes entrés dans la construction dembryons
supplémentaires d'une résistance citoyenne. Nous en
sommes donc venus à nous positionner sur le terrain
de la lutte pour la démocratisation de la
communication, où se joue le futur de la démocratie
elle-même, sur le plan global, avec des impacts
considérables sur le local.
Repères stratégiques
La conception même du réseau alternatif haïtien
dinformation revêt un aspect stratégique. Il
nétait pas uniquement question de produire et
diffuser les nouvelles dHaïti, mais bien
détablir une large plate-forme
dinformation touchant aussi bien à Haïti, la
République Dominicaine voisine, la Caraïbe en
général et des problématiques régionales et
mondiales. Il sagissait en même temps
dalimenter un espace dexpression, mettant
en valeur les prises de position des secteurs sociaux
et des réflexions des milieux académiques. La
promotion du Créole a aussi été un axe principal
de la politique de contenu.
Évidemment, toute cette démarche est visible dans
lorganisation du contenu a travers des
rubriques telles que : Dans la presse dominicaine, La
Caraibe en un coup dil, Panorama
international, Dossiers et documents, Bwapiwo
(nouvelles en Créole) et Ti chèz ba (dossiers et
documents en Créole).
Dans la mise en place du réseau, il a été
également stratégique de rechercher à mettre en
uvre des partenariats en vue de créer un
espace de relations et de soutien pour une meilleure
répercussion de linformation produite ou
reproduite et la pérennité de lexpérience.
Médias haïtiens et étrangers montrant une certaine
sensibilité vis-à-vis des perspectives
alternatives, institutions de solidarité et d'appui
au développement en Haïti, dans la Caraïbe et
l'Amérique latine, en Amérique du Nord et en
Europe, associations de divers secteurs ont été
mobilisés.
Pour prendre des exemples, nous avons pu établir les
bureaux de lagence dans le cadre dun
partenariat avec linstitution Haïti
Solidarité Internationale, à Port-au-Prince,
héberger notre site Internet dans un espace fourni,
sur une base déchange de services, par la
firme Comunica, en Hollande (www.comunica.org).
En ce qui concerne les ressources humaines, un
partenariat avec la faculté des Sciences Humaines de
luniversité dEtat a permis au réseau de
compter avec la contribution de jeunes étudiants
finissant en communication trouvant dans ce cadre, un
lieu de stage et dencadrement par des
professionnels expérimentés.
Dautre part, bénéficiant de notre influence
auprès de quelques médias, nous avons du miser,
dans un premier temps, sur limpact de quelques
stations de radios, télévision et une partie de la
presse écrite, qui ont reproduit nos premiers
bulletins. Par un effet dentraînement et a
cause du dynamisme du réseau et son aptitude a
sortir des informations inédites et transcendantes,
au fur et a mesure, un nombre plus important de
médias a pris le relais.
Ceci permet de souligner que le monde des médias est
un monde fermé, qui a sa propre logique et où les
relations individuelles peuvent jouer un rôle
important. Le fait davoir nos entrées comme
professionnels dans la sphère médiatique a
sûrement servi aux premiers pas de lagence.
Cependant, nous ne pouvions compter uniquement sur
cet acquis. Nous avons travaillé à faire valoir les
services du réseau auprès dacteurs des
mouvements sociaux. Nous navons pas ménagé
les contacts et rencontres avec les entités
associatives pour présenter les activités de ce
réseau alternatif haïtien d'information comme un
support important à diverses initiatives de
plaidoiries déjà en cours sur le terrain autour de
divers thèmes d'intérêt démocratique et
populaire. Doù notre ligne directrice, «
mettre les mouvements sociaux au cur de
lactualité ».
L'agence a aussi interpellé les communautés
haïtiennes de létranger, soit environ 2
millions d'habitants, représentant le cinquième de
la population haïtienne, ayant plus facilement
accès aux ressources dInternet, tandis que les
médias (principalement radios et magazines)
desservant le public haïtien à l'extérieur,
s'alimentent dans une proportion non négligeable à
partir de sources Internet.
Enfin, la dernière démarche stratégique, et pas la
moindre, a été de mettre à profit les multiples
réseaux déjà existant sur Internet. Cest
particulièrement à travers ces réseaux quune
bonne partie de laudience a été touchée de
manière autonome.
..
decembre 2003
TOUS DROITS RÉSERVÉS
© GM 2001
URL: http://www.medialternatif.org/onda.html
|

Suivez l'actualité
avec

Réseau alternatif haitien d'information
du Groupe Médialternatif |
Accueil
Connaitre
le GM
Ligne
d'action
Services
Ressources
Tableau de bord
Contact / e-mail :
gm@medialternatif.org

ICT for development and democracy
|