Sommet mondial sur
la société de l'information :
dangers et enjeux
Par la
Fédération Genevoise de Coopération (FGC) / René
Zaugg
Mars 2003
Une rencontre a eu
lieu le 13 mars à Berne, organisée par Pain pour
le Prochain et Action de Carême pour
faire le point sur l'organisation de ce sommet. Un
extrait tiré de l'invitation :
Combler le fossé
numérique: tel est l'un des buts déclarés du
Sommet mondial sur la société de l'information
(SMSI). Les possibilités techniques qui permettent
aujourd'hui d'établir une communication
indépendante des frontières, des obstacles
topographiques ou des distances, ont suscité maintes
attentes: le flux d'informations et de données,
l'échange de savoir et la communication entre les
cultures devraient "naturellement" réduire
les fossés, réunir les hommes et rendre le monde un
peu plus juste.
Plus que toute
autre technologie, les nouvelles technologies de
l'information et de la communication (TIC) ont
cependant démontré qu'il existe un fossé entre
ceux qui participent et ceux qui sont marginalisés,
voire exclus de la société de l'information. Ce
fossé sépare non seulement le Nord du Sud, mais
également les villes des régions rurales, les
hommes des femmes. Il renforce les structures
économiques, sociales et culturelles existantes.
Refléchir à ces questions, dégager des lignes
d'action pour combler ces diverses inégalités et
permettre la participation de tous les citoyens et de
toutes les sociétés à la société de
l'information, voilà quels devraient être les
véritables enjeux du Sommet qui aura lieu en
décembre 2003 à Genève.
Mais les
conférences préparatoires ont révélé
d'importantes divergences quant à l'ordre du jour et
au choix des thèmes à aborder. Les gouvernements
sont réticents à discuter des dimensions éthiques,
sociales et politiques de la société de
l'information et ils évitent les sujets
controversés, tels que les droits de propriété
intellectuelle, les transferts de technologies ou
même les droits de l'homme. Des questions telles que
le développement des infrastructures ou l'éducation
sont considérées d'abord sous un angle économique
et technique.
Le texte qui suit est
une tentative de synthèse entre ce qui s'est dit
dans les exposés et au cours d'un atelier.
Le SMCI
Le SMCI est prévu
pour se dérouler en deux temps :
En décembre
2003, à Genève, avec comme objectif, une
déclaration de principe et un plan d'action. Comme
ce plan suppose un engagement volontaire des
gouvernements, on s'attend ensuite à des signes
politiques.
En 2005, à
Tunis, la deuxième partie du SMSI, qui
représenterait une sorte de suivi, comme pour Rio.
Ces sommets sont
précédés de rencontres préparatoires (la 3e
aura lieu en septembre 2003) qui devraient fixer
l'ordre du jour des sommets. Des rencontres
régionales intermédiaires, plus ou moins
représentatives, ont également eu lieu dans la
perspective de dégager des décisions nationales et
internationales et une vision commune.
Pour le moment, les
ONG (= société civile) ont choisi d'être dans le
processus de préparation plutôt que d'être en
dehors et d'organiser un "anti-sommet".
Associées aux journalistes, elles envisagent de
faire pression sur les gouvernements pour choisir les
thèmes à aborder. On constate cependant une très
lente prise de conscience par le public des enjeux de
cette société de l'information (lenteur comparable
à ce qui a eu lieu pour l'environnement).
Des rencontres de
juillet 2002 de février 2003 sont issues un certain
nombre de lignes directrices :
les sommets
seront tripartites : gouvernement, secteur privé,
société civile,
il est prévu
d'arriver à un bureau des ONG et un bureau des
gouvernements.
Les dangers selon les ONG :
En 1994, M. Al
Gore a parlé d'une "société de
l'information" qui signifiait avant tout (déjà
!) une libéralisation de l'information, avec un lien
très marqué entre politique et commerce.
L'organisation
du sommet incombe à l'UIT avec les risque qu'on
n'aborde que le côté technique (comme ce fut le cas
autour de la question du WEB) en évitant les sujets
de politiques. On risque de "parler des tuyaux
et pas du contenu". La question des contenus
avait été abordée en son temps par l'UNESCO et
cela avait soulevé de grosses controverses.
Il y a un fort
lobby du World Freedom Press Comitee (qui
avait déjà attaqué l'UNESCO) contre le SMSI.
Objectif : faire supprimer le pt 18 de la
déclaration de principe (le droit à l'info est un
des droits humains).
La liberté des
langues (pas seulement anglais sur le WEB)
considérée comme une intrusion liberticide aux E-U
(au nom du 1er amendement de la
Constitution !).
La primauté du
commercial (OMC) a des retombées sur les futures
discussions au SMSI. On voit bien que dans le domaine
des télécommunications seuls les secteurs rentables
sont convoités par des privés. Dans une logique du
profit, on ne s'intéresse pas aux régions non
rentables. Les énormes pertes de France-Télécom
entraînent une diminution de la construction des
infrastructures
au Sénégal (SONATEL racheté
par France-Télécom).
Pour
information : chaque année, 400 mio de dollars sont
payés aux compagnies européennes par les compagnies
africaines comme redevance pour les communications
qui doivent transiter par l'Europe faute de liaisons
entre des pays africains.
Les enjeux selon les ONG :
Intégrer tous
les médias dans les discussions et pas seulement
internet.
Envisager les
médias comme un moyen et non comme une fin en soi.
La
communication est un bien accessible à tous comme
l'air ou l'eau. Dans cette perspective, les
gouvernements doivent intervenir pour garantir un
équilibre dans les informations entre privé
(commercial), public et communautaire. Si on laisse
faire les lois du marché, l'information pour tous
n'est pas garantie.
Sans engagement
des gouvernements, on va reproduire dans le domaine
de la communication les mêmes clivages que l'on
retrouve ailleurs. "Les TIC, c'est LA
solution", selon le discours dominant (cf la
"mythologie" des autres technologies).
Intégrer des
thèmes comme les droits liés à la propriété
intellectuelle (coût des logiciels, logiciels
libres,
)
Le thème de la
sécurité s'est considérablement développé
(données personnelles informatisées, possibilité
de demandes d'information sur un client auprès d'un
serveur sans mandat judiciaire
). La lutte
contre la pornographie est souvent invoquée pour
justifier les mesures sécuritaires.
Jusqu'où
garder un service public ? Un service public de
qualité garantit le pluralisme. Dans bien des pays,
il est devenu un instrument de propagande du pouvoir.
Où est la
limite entre ouverture et censure ? Problème des
sites nazis sur le WEB. La France a été cataloguée
(aux Etats-Unis) comme liberticide pour avoir
interdit la diffusion des sites nazis de Yahoo.
Faire entendre
la voix des partenaires du Sud.
La Banque
Mondiale a créé un fonds "Information et
développement" qui risque fort de financer les
projets du Nord et pas les besoins du Sud.
Liberté de
presse comprise manifestement comme liberté des
propriétaires de la presse.
Pour la FGC : René
Zaugg - 16.03.03