
Société de
communication sociale
Le droit à la
communication : les femmes dans la société de
l'information
Dans le cadre de la campagne, les membres du
Communication Rights in the Information Society
(CRIS) ont rédigé une série d'articles pour le
United Nations Research Institute for Social
Development (UNRISD), Institut de recherche des
Nations Unies pour le Développement Social,
destinés à alimenter le SMSI. Le document qui suit
est un résumé d'un de ces articles, signé Dafne
Plou.
L'inexistence de voix et de perspectives féminines
dans la société de l'information indique que les
" nouvelles " technologies d'information et
de communication (TIC) reflètent bon nombre des
schémas de répartition des sexes (par rapport au
pouvoir, aux valeurs et à l'exclusion) qui ont
prévalu pendant des dizaines d'années au sein des
" anciens " médias. Il est clair que ces
schémas ne peuvent être dissociés des relations
entre les sexes dans la société au sens large.
Aucun média, qu'il soit " ancien " ou
" nouveau ", ne peut à lui seul résoudre
le problème de l'inégalité des sexes. La structure
des médias révèle des relations sociales,
économiques et politiques beaucoup plus larges dans
lesquelles les femmes ont tendance à être
marginalisées. Le rôle des " nouveaux "
médias, de même que celui des " anciens
", consiste essentiellement à véhiculer la
transmission d'idées, d'images et d'informations. Le
problème auquel les femmes sont confrontées est
alors de savoir qui prend les décisions concernant
l'accès, le contenu et le contrôle. De par leur
nature, la plupart des débats sur les "
nouveaux " médias restent identiques à ce
qu'ils ont toujours été dans la mesure où ils sont
associés aux questions de pouvoir.
L'histoire d'un cybercentre installé dans un
quartier défavorisé illustre parfaitement ces
problèmes. Les parents habitant dans cette
communauté ne voulaient pas que leurs enfants, en
particulier les filles, aillent au cybercentre. Ce
dernier était en effet considéré comme un "
repère de voyous " en raison de son programme
destiné aux jeunes ayant quitté le cursus scolaire.
Les filles représentaient moins de 2 % des
utilisateurs. Plutôt que d'utiliser elles-mêmes les
ordinateurs, elles s'asseyaient à côté des
garçons et les regardaient surfer sur Internet,
jouer à des jeux et travailler sur l'ordinateur.
L'ensemble du personnel formateur, des responsables
et de l'équipe de soutien technique était
constitué d'hommes. Deux femmes seulement
s'occupaient du support logistique et administratif.
L'initiative de ce cybercentre représentait un
échec évident face aux besoins de la communauté,
et notamment des jeunes. Afin d'y remédier, de
nouveaux programmes et services pour les filles et
les jeunes femmes sont actuellement en cours
d'élaboration afin de favoriser leur participation
au cybercentre et d'encourager son utilisation. Si
l'on élargit la perspective, cet exemple soulève la
question suivante : que peuvent faire les
responsables pour combler le fossé entre les hommes
et les femmes au sein des TIC?
Un des principaux problèmes est celui de l'image des
femmes sur Internet qui, trop souvent, renforce les
stéréotypes et les préjugés qui contribuent à
définir leur rôle en tant qu'acteurs sociaux et
leur capacité à intervenir dans la vie publique et
à l'influencer. Bien qu'il existe des milliers de
pages Web consacrées à des organisations de femmes
ou à des médias alternatifs qui favorisent les
débats sur les spécificités entre les sexes, les
nouvelles agences utilisant Internet gardent les
mêmes politiques de parti pris contre les femmes, en
ligne comme sur support écrit. La technologie a
évolué, mais les données de base restent
inchangées. En privilégiant certaines questions,
laissant les autres de côté, et en donnant la
parole à un groupe particulier d'acteurs sociaux ou
en lui conférant une certaine image, ignorant les
autres, les médias ont répandu une image du monde
dans laquelle les femmes ne sont guère
représentées.
La participation des femmes dans tous les domaines de
la vie sociale a toujours été sous-évaluée. Même
dans les cas où les femmes ont contribué de façon
significative au développement économique, social,
politique et culturel, leur engagement ne correspond
nullement à une augmentation de leur représentation
et participation au niveau du processus décisionnel.
Cet état des choses est dû, en partie, au fait que
le droit des femmes à la communication est
actuellement entravé.
Les mouvements de femmes à travers le monde ont
déclaré maintes fois être en faveur d'un système
de communication basé, à l'échelle nationale et
internationale, sur des principes démocratiques
limitant les monopoles d'entreprises dans la
mondialisation des télécommunications. Les femmes
se sont également impliquées dans la création de
sociétés d'information et de communication où le
développement est axé sur les besoins humains
fondamentaux et des objectifs sociaux, culturels,
économiques et environnementaux bien définis, et
où la priorité est donnée à la lutte contre la
pauvreté et autres inégalités de manière viable
pour l'environnement. Ces femmes se sont engagées à
entreprendre une démarche spécifique à leur groupe
pour s'attaquer à tous les problèmes, y compris au
niveau de l'information et de la communication.
Malgré cela, les femmes restent sous-représentées
dans l'ensemble des structures décisionnelles des
TIC et la politique de ces dernières repose toujours
sur l'idée que les technologies d'information et de
communication ne font pas intervenir les questions de
sexe - les femmes doivent s'adapter aux technologies
plutôt que revendiquer une politique des TIC qui
soit formulée de façon à satisfaire leurs besoins
et intérêts particuliers. Après trente années de
recherches, de théories et d'analyses féministes,
les femmes sont plus à même d'affronter les
problèmes que les TIC mettent en avant. Au même
moment, les gouvernements et la société civile
commencent à prendre en compte certaines
revendications des mouvements de femmes au lieu de
les rejeter ou de les ignorer, comme ils avaient
l'habitude de le faire vingt ans auparavant.
Pour les femmes, parvenir à un contrôle relatif au
niveau des TIC et de la communication est vital afin
de s'assurer que les ressources et les bénéfices de
la société de l'information et de la communication
soient répartis de manière égale entre les hommes
et les femmes. A cette fin, le mouvement des femmes a
développé un nombre incroyable d'initiatives dans
les FTIC en réseau pour la défense et la promotion
des droits des femmes aux niveaux local, régional et
international. Il s'agit d'une forme de participation
collective qui sert également à donner le pouvoir
aux femmes afin qu'elles prennent le contrôle de
leur propre existence et de celle de leur
communauté.
Article de Dafne Plou, journaliste et consultante
en Argentine. Ce texte a été initialement publié
par la WACC dans sa revue Media and Gender Monitor (http://www.wacc.org.uk/publications/mgm/12/contents.html).
Traduit de l'anglais par Valérie Cazaux.
CRIS - Communication Rights in
the Information Society
Derechos de Comunicacion en la Sociedad de la
Informacion
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act@crisinfo.org
Avril 2003
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