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Des "communautés sucrières" et non des "bateys"

Par Gotson Pierre, République Dominicaine, novembre 2000

Au bout du fil un reporter transmet d'un ton vif les dernières informations. A "Batey 5", dans la province de Barahona, au sud de la République Dominicaine, la situation se gâte. La population se mobilise pour exiger de l'électricité de la compagnie EDESUR. L'armée intervient pour réprimer le mouvement.

Sur place, le journaliste Obispo Figuerero suit la situation et donne la parole en direct aux habitants de cette "communauté sucrière", la majeure partie d'entre eux d'origine haïtienne.

Figuerero anime sur Radio Enriquillo, située à Tamayo, toujours au sud de la République Dominicaine, un programme journalier titré "Encuentro". C'est le rendez-vous des paysans et ouvriers de la région, notamment les hommes et femmes au teint foncé, qui représentent 80 % de la population vivant dans les bateys et menant des activités ouvrières et paysannes, souligne l'animateur. Ce sont ces mêmes travailleurs qu'on retrouve dans les plantations de café des montagnes de Barahona.

"Nous entrons dans les champs, dit Obispo Figuerero. Nous accompagnons les travailleurs durant la coupe de la canne-à-sucre. Ils racontent leurs problèmes, leurs joies et leurs peines. Ils en profitent aussi pour promouvoir leur production culturelle : poésie, chansons, etc."

Les populations des bateys du Sud de la République Dominicaine participent également en grand nombre à la lutte sociale. Ils sont plus nombreux à militer dans les organisations sociales des secteurs paysans, femmes et des communautés ecclésiales de base. Ils sont à l'avant garde de la lutte pour des services sociaux de base, dont l'eau, l'électricité, la santé, etc.

Obispo Figuerero préfère parler de "communauté sucrière". Il rejette l'appellation de "batey", qui, selon lui, charrie de nombreuses discriminations.

"Nous n'utilisons pas le mot 'batey', indique Obispo Figuerero, parce que, tel que l'explique le dictionnaire, le 'batey' est un lieu d'entreposage et de baraquements …Le dictionnaire ne présente pas le 'batey' comme un milieu de vie. Voilà pourquoi depuis quelques années Radio Enriquillo a interdit l'utilisation sur ses antennes du vocable 'batey', remplacé par communauté".

On ne peut pas dire que le mot "batey" a disparu du vocabulaire des populations de la province de Barahona, mais, petit à petit, le travail de sensibilisation de Radio Enriquillo fait son chemin et les militants d'organisations populaires de la région adoptent volontiers les termes "communauté sucrière".

Les préjugés ont cependant la vie dure. Ne vous étonnez pas, si au carrefour de Barahona et de Vicente Noble, une voix vous interpelle en disant "hey... mira....moreno pásame tu cédula!" : C'est un militaire dominicain, qui vous demande de vous identifier. Simplement parce que vous êtes noir.


* Cette série d'articles a été rendue possible grâce a l 'appui du Centro Puente.

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(c) Gotson Pierre 2000
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