Radio Enriquillo : le thème
Haïti et les défis du moment
Par Gotson Pierre, République Dominicaine,
novembre 2000
Vingt-trois
ans se sont écoulés depuis que l'association
Pro Cultura Dominicana a créé Radio Enriquillo
à Tamayo, village situé sud de la République
Dominicaine. Depuis 1997, cette initiative, fruit
de l'engagement et de l'action d'un groupe de
missionnaires catholiques, n'a pas cessé de se
développer, suivant les objectifs
institutionnels qui ont été définis.
Le rôle assigné à Radio Enriquillo est
d'être, "un puissant écho de la voix du
peuple". Sa mission est de "mettre en
uvre une nouvelle manière d'informer, qui
renforce la capacité organisatrice des
mouvements sociaux de la région", de
réaliser un travail d'éducation massive et
populaire, éducation en tant que "processus
de dialogue et d'échange d'information".
N'importe quel Haïtien ou Dominicain d'origine
haïtienne, vivant dans le Sud de la République
Dominicaine, peuvent vous répéter par cur
les spots d'identification de Radio Enriquillo:
"la amiga del sur" (l'amie du Sud),
"la radio de la gente" (la radio des
gens). D'une puissance de 1 kw FM, Radio
Enriquillo couvre 90% du Sud-Ouest où vivent 1,4
millions d'habitants, représentant 15% de la
population dominicaine. La radio émet 19 heures
par jour.
Des changements
Beaucoup de choses ont changé dans la vie de
Radio Enriquillo qui doit affronter de nouvelles
réalités. Depuis le cyclone Gordon, qui avait
lourdement affecté les installations de la
radio, une série de reformes a été entreprise.
Radio Enriquillo qui émettait auparavant en AM,
a du installer des émetteurs FM en attendant de
pouvoir reprendre ses émissions en AM. Le local
de la radio représente un véritable chantier.
De nouveaux studios sont en cours de construction
et des travaux de modernisation technique sont
entrepris.
Celui qui a conçu et lancé ces projets,
s'appelle Pablo Schildermans. De nationalité
hollandaise, ce prêtre de la congrégation
Scheut est le Directeur de Radio Enriquillo. Ses
collaborateurs l'appellent simplement Pablo.
Pablo Schildermans fait travailler sans arrêt
ses méninges dans un contexte qui se modifie et
qui exige une certaine adaptation des médias.
"Des le départ, affirme-t-il, la radio a
toujours été la voix des paysans, la voix des
pauvres, ceux qui n'ont pas accès aux moyens de
communication de masses. Ils n'ont ni la
possibilité de prendre part aux décisions
politiques, ni un quelconque accès à la
jouissance des biens économiques
Alors, la
station fait face au défi de permettre a la
population de construire son propre projet
politique et de se créer une place dans la
société".
Et Haïti ?
Radyo Enriquillo n'a donc pas changé
d'orientation, soutient Pablo Schildermans. Ce
qui a changé, indique-t-il, concerne les
émissions en Créole, qui etaient captées en
Haïti durant la période du coup d'État
militaire entre septembre 1991 et octobre 1994.
Le black-out sur les informations en Haïti
avaient alors poussé l'ancien Directeur, le
prêtre belge Pedro Ruquoy, qui manie bien le
Créole, à mettre une partie de la programmation
au service des populations haïtiennes proches de
la frontière.
A cette époque, Dario, qui dirige actuellement
le bureau de Radio Enriquillo à Barahona, (une
vingtaine de km de Tamayo) faisait ses débuts.
" Durant le coup d'État, se souvient-il,
pour des raisons que vous savez nous avions
l'obligation d'informer le peuple haïtien. Dans
la conjoncture difficile d'alors, c'était pour
nous un devoir de solidarité envers nos voisins
et vous savez quels problèmes nous avons du
endurés. La radio a failli être fermée et le
programme en Créole a été supprimé".
Dans les activités quotidiennes du bureau de
Barahona, qui sert de principale salle de
nouvelles à Radio Enriquillo, le thème Haïti
est très présent, déclare Dario. Des sujets
tels que les mauvais traitements subis par les
Haïtiens, les rapatriements massifs, les actions
de solidarité en faveur des travailleurs
haïtiens ainsi que l'évolution de la situation
en Haïti, font partie du flot de nouvelles
transmises tous les jours au studio central à
Tamayo.
Les travailleurs dominico-haitiens participent
également à la programmation de Radio
Enriquillo, tandis que des efforts se poursuivent
pour la dynamisation d'un espace de dialogue
entre la population et les autorités
dominicaines, de manière que les secteurs
populaires puissent leur soumettre leurs
propositions. "Aujourd'hui, dit Pablo
Schildermans, la radio veut être une éducatrice
à la démocratie participative afin que les
masses aient l'opportunité d'influer sur les
décisions politiques prises à la
capitale".
"Nous avons un programme varié a
l'intention des femmes, des enfants, des jeunes,
des paysans et ouvriers
des coupeurs de
canne, qui sont en majorité des Haitiens ou
Dominico-haitiens, se félicite Pablo
Schildermans, qui souligne que l'engagement de la
satation en faveur de la transformation de la
société "est toujours maintenu.
Face aux défis des temps nouveaux
Radio Enriquillo entretient des espaces
commerciaux, vendant des spots publicitaires aux
commerçants et aux institutions
gouvernementales. 25% du budget de la station
sont couverts par la publicité. L'objectif est
d'atteindre les 52% en 2001, précise le
Directeur.
Toutefois, "les options éducatives et
sociales de Radio Enriquillo l'obligent à ne pas
accepter de publicité contribuant à des
schémas de consommation et pratiques culturelles
qui représentent des obstacles au développement
digne", souligne le père Pablo
Schildermans.
Pour le prêtre, les médias, dont Radio
Enriquillo, courent le danger d'intégrer la
mentalité du marché, où l'économique prend le
pas sur les autres valeurs. "L'alternative
humaniste et chrétienne à la globalisation du
marché, dit-il, est une globalisation centrée
principalement sur la solidarité, en mettant
l'emphase sur la construction d'une culture de
vie et d'humanisme".
Selon Pablo Schildermans, la communication a un
rôle indispensable à jouer dans la construction
d'un "vivre ensemble démocratique".
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