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Voyage a l'est d'Hispagnola *
Éléments de la problématique haitiano-dominicaine

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Enfants de nulle part...

Par Gotson Pierre, République Dominicaine, juillet 2000

En République Dominicaine, naître de parents haïtiens, travailleurs des bateys, condamne un enfant a n'être qu'un apatride. Son existence est scellée dès le départ. Il n'aura pas droit a l'instruction et plus tard pas accès a un travail pouvant lui permettre d'assurer l'avenir de sa famille.

"Ici, il y a un problème avec les enfants non déclarés", indique Bienvenido Perez membre de l'équipe de Centre Culturel Dominico-Haïtien (CCDH) qui oeuvre dans les bateys a l'Est de la République Dominicaine. Ces enfants, qui, comme leurs parents, n'ont pas de papier légal, ne peuvent pas aller a l'école.

Cependant, ils sont nés ici, de parents haïtiens, qui, quoique souvent clandestins, sont embauchés pour fournir un travail mal rémunéré dans des champs de canne-a-sucre longtemps appartenus a l'État dominicain, et qui ont été privatisés au début de l'année 2000.

La seule chance de ces enfants sans acte de naissance est d'être admis en préscolaire dans des centres mis sur pieds par des ONG dédiés a la cause des Haïtiens ou Haitiano-Dominicains en République Dominicaine.

Candida Deten, qui supervise les écoles préscolaires crées dans plusieurs bateys de San Pedro de Marcoris, a l'Est de la République Dominicaine, explique que les enfants sont reçus des l'age de 3 ans. Ils réalisent leur cycle préscolaire pendant que les démarches sont entreprises pour leur trouver un acte de naissance dominicain. Au bout du processus, ce n'est pas toujours le succès. Parfois les démarches échouent. Certains jeunes atteignent l'age de 20 ans sans avoir pu obtenir la reconnaissance de leur nationalité dominicaine, s'indigne-t-elle.

"Ici pour déclarer son enfant on doit avoir sa carte d'identité (cedula) ou, dans le cas d'un étranger, avoir sa residence", fait remarquer Sirana Dorlus, qui coordonne le programme d'éducation de l'organisation Mouvement des Femmes Dominico-Haïtiennes (sigle en Espagnol : MUDAH). Le MUDHA qui intervient dans plusieurs bateys, dont Palmarejo, au nord de la capitale dominicaine, fournit un accompagnement légal aux parents haïtiens afin de les aider a obtenir des actes de naissance dominicains pour leurs enfants.

Sur 85 cas a suivre durant cette année 2000, MUDHA s'estime en condition de faire reconnaître la nationalité dominicaine de 70 d'entre eux. Entre temps, un nombre important d'enfants de ce batey beneficie d'un espace préscolaire entretenu dans le cadre d'un complexe créé par cette organisation féministe.

Sirana Dorlus dénonce L'État dominicain qui nie aux Haïtiens le droit d'avoir des documents légaux en tant que résidents en République Dominicaine. En même temps elle critique l'État haïtien qui a aussi "sa part de responsabilité", puisque la grande majorité des Haïtiens qui traversent la frontière n'a aucun document personnel. "Nous insistons sur ce fait, dit-elle, et invitons les organismes haïtiens de défense des droits humains a faire pression sur l'état haïtien afin de prendre des disposions pour doter tous les Haïtiens de documents réguliers en tant que citoyen".


* Cette série d'articles a été rendue possible grâce a l 'appui du Centro Puente.

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(c) Gotson Pierre 2000
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