"Trois fois déporté
J'ai pris des chemins de travers pour revenir en
Rep. Dom."
Témoignage d'un maçon haïtien
Propos recueillis par Gotson Pierre,
République Dominicaine, juillet 2000
"Je
m'appelle N.J. Je vis depuis 22 ans ici. Je
travaille comme maçon.
Dans le temps, les habitants des bateys ne
faisaient que couper uniquement la canne-a-sucre.
Dans le batey de Palmarejo, quelques-uns d'entre
nous continuent de couper la canne. Mais ce
travail ne nous permet pas d'entretenir notre
famille. Voilà pourquoi nous nous lançons dans
le secteur de la construction.
Parfois, sur les chantiers, les agents
d'immigration nous guettent. Nous sommes
arrêtés et déportés en Haïti, laissant notre
famille. Alors nous revenons.
Moi, j'ai été trois fois déporté. J'ai du
prendre des chemins de travers pour revenir en
République Dominicaine. Lorsque je suis
déporté en Haiti, je n'ai même pas la
possibilité d'atteindre mon patelin, n'ayant pas
d'autre vêtement que celui que je portais au
moment de mon arrestation. Sans un sou, je ne
peux pas aller loin. Alors, je passe mes jours
chez des amis, dans des régions proches de la
frontière du coté haïtien, comme Thomassique,
dans le Plateau Central.
Pour revenir en République Dominicaine, nous
prenons contact avec les "buzcones".
Nous leur payons 300 pesos. La traversée se fait
de nuit, a travers les bois. Les
"buzcones" sont des passeurs haïtiens,
en réseau avec des chauffeurs dominicains. Nous
payons une autre somme d'argent a ces derniers,
qui nous transportent vers notre destination.
Ici, les jeunes ne travaillent pas dans les
champs de canne-a-sucre. Seuls les plus agés -
qui n'ont pas assez d'énergie pour travailler
dans la construction - restent dans les champs.
Pour travailler comme maçon, les nouveaux venus
se réfèrent a des amis déjà embauchés qui
les présentent aux responsables de chantiers.
Dans ce secteur, certains ingénieurs nous paient
correctement. D'autres ne nous paient pas.
Parfois, au bout de la quinzaine, l'ingénieur
disparaît avec l'argent de la paye.
L'absence de permis de séjour ne nous empêche
pas d'être engagés. Cependant, en route vers,
ou revenant du chantier, nous courrons toujours
le risque d'être arrêté et déporté en
Haïti. Quelques fois, ils nous appréhendent sur
le lieu de travail même.
Nous travaillons généralement dans la
construction de résidences familiales. Très peu
d'entre nous sont embauchés dans les grands
travaux publics ou l'on utilise beaucoup de
machines."
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